Aux solidarités restreintes exercées dans
le cadre familial ou des métiers (corporations), la Révolution
de 1789 et la Déclaration des droits de l'homme ont substitué
une conception nouvelle de l'assistance. Les insuffisances et les limites de
l'assistance donneront naissance dès le début du XXème
siècle aux premières tentatives de création d'une sécurité
sociale qui apparaîtra, dans ses principes et sa forme en vigueur aujourd'hui,
en 1945.
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1830-1905 : UN
SYSTÈME D'ASSISTANCE PUBLIQUE ET UN SYSTÈME DE LIBRE PRÉVOYANCE |
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Au cours de la phase d'industrialisation du XIXème siècle,
vont se développer non sans débats et hésitations :
- Les sociétés de secours mutuels, succédant aux corporations
de l'Ancien Régime abolies en 1791, fondées sur la prévoyance
collective volontaire et limitées à quelques activités
ou quelques entreprises : reconnues légalement en 1835, elles obtiendront
une entière liberté de création et les encouragements
des pouvoirs publics par la loi du 1er avril
1898 ;
- Un système d'aide sociale : l'aide sociale intervient pour faire
face à des besoins spécifiques appréciés selon
des critères subjectifs par une commission composée en partie
d'élus locaux ; le droit à l'aide sociale est subordonné
à condition de ressources de l'individu ou de sa famille et les prestations,
en nature ou en espèces, sont récupérables sur les
débiteurs alimentaires et les successions ou les revenus de l'assisté
revenu à meilleure fortune.
La loi du 15 juillet 1893 institue
ainsi l'assistance médicale gratuite, la
loi du 27 juin 1904 le service départemental d'aide sociale
à l'enfance et la loi du 14 juillet
1905 l'assistance aux vieillards infirmes et incurables.
En respectant leurs principes fondateurs, les mutuelles et l'aide sociale
constituent aujourd'hui des composantes de la protection sociale.
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1898-1939 : UN SYSTÈME D'ASSURANCES SOCIALES |
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Les mutuelles, basées sur le volontariat, et l'aide sociale, droit à
appréciation subjective et spécialisée, n'ont bénéficié
qu'à une frange limitée de la population. Aussi, dès
le début du XXème siècle, apparaissent des tentatives
en faveur de l'assurance obligatoire de certains risques sociaux.
En matière d'accidents du travail, la
loi du 9 avril 1898 reconnaît la responsabilité sans faute
de l'employeur qui peut s'assurer pour y faire face.
En matière d'assurance vieillesse, la
loi du 5 avril 1910, dont l'application a été limitée,
institue un régime d'assurance obligatoire pour les salariés
du commerce et de l'industrie.
Les lois du 5 avril 1928 et du 30
avril 1930 instituent pour les salariés titulaires d'un contrat
de travail une assurance pour les risques maladie, maternité, invalidité,
vieillesse et décès et la loi
du 30 avril 1928 un régime spécial pour les agriculteurs.
La loi du 11 mars 1932 prévoit
des allocations couvrant les charges familiales financées par des versements
patronaux.
A la veille de la deuxième guerre mondiale, la France dispose, dans
les textes, d'un système de protection complet mais fragile qui sera
profondément renouvelé après les hostilités.
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1945-1946
: LA MISE EN PLACE D'UNE SÉCURITÉ SOCIALE |
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En 1945 les bâtisseurs du système français de sécurité
sociale poursuivent un triple objectif : unité de la sécurité
sociale, généralisation quant aux personnes, extension des risques
couverts sous la double influence du rapport BEVERIDGE de 1942 et du système
BISMARCKIEN.
L'ordonnance du 4 octobre 1945 prévoit
un réseau coordonné de caisses se substituant à de multiples
organismes, l'unité administrative ne sera cependant pas réalisée
et ne l'est toujours pas.
Les professions agricoles vont conserver leurs institutions spécifiques
dans le cadre de la mutualité sociale agricole. Les salariés
des régimes spéciaux vont refuser de s'intégrer dans
le régime général et conserver dans un cadre " transitoire
" qui dure encore, leurs régimes spécifiques (fonctionnaires,
marins, cheminots, mineurs etc..).
L'ordonnance du 19 octobre 1945 concerne
les risques maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès.
La loi du 22 août 1946 étend
les allocations familiales à pratiquement toute la population et la
loi du 30 octobre 1946 intègre la réparation des accidents
du travail à la sécurité sociale.
La loi du 22 mai 1946 pose le principe
de la généralisation de la sécurité sociale à
l'ensemble de la population mais les professions non salariées non
agricoles s'y opposeront.
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Depuis 1946 : LA MISE EN ŒUVRE DES GRANDS PRINCIPES |
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Les principes de 1945 dont certains n'ont pu être appliqués
rapidement entrent progressivement dans les faits. L'unité administrative
de la sécurité sociale n'est toujours pas achevée mais
plusieurs évolutions contribuent à la renforcer. Les évolutions
démographiques et le développement du salariat ont conduit à
la suppression de petites caisses et à l'introduction d'un mécanisme
de compensation entre les régimes subsistants, le rapport démographique
cotisants/inactifs étant défavorable aux petits régimes
qui perdent leurs actifs au profit du régime général.
Les différences de prestations et de cotisations entre les différents
régimes s'estompent rapidement.
La généralisation de la couverture à toute la population
a été poursuivie selon les étapes suivantes :
- Convention collective interprofessionnelle du 14
mars 1947 instituant le régime de retraire complémentaire
des cadres
- Loi du 9 avril 1947 étendant
la sécurité sociale aux fonctionnaires
- Loi du 17 janvier 1948 instaurant
trois régimes d'assurance vieillesse des professions non salariées
non agricoles (artisans, professions industrielles et commerciales, professions
libérales)
- Loi du 10 juillet 1952 : création
d'un régime d'assurance vieillesse obligatoire des exploitants agricoles,
géré par la mutualité sociale agricole (MSA)
- Loi du 25 janvier 1961 : création
d'un régime d'assurance maladie obligatoire des exploitants agricoles,
avec libre choix de l'assureur
- Loi du 12 juillet 1966 : création
du régime autonome d'assurance maladie maternité pour les
non-salariés non agricoles, géré par la CANAM
- Loi du 22 décembre 1966 :
création d'un régime complémentaire obligatoire des
exploitants agricoles contre les accidents du travail , maladies professionnelles
et accidents de la vie privée, avec libre choix de l'assureur
- Loi du 25 octobre 1972 : institutionnalisation
de la protection des salariés agricoles contre les accidents du travail
- Loi du 4 juillet 1975 : généralisation
à l'ensemble de la population active de l'assurance vieillesse obligatoire
- Loi du 2 janvier 1978 : institution
d'un régime particulier pour les ministres du culte et les membres
des congrégations religieuses et de l'assurance personnelle pour
la population " résiduelle "
- Loi du 28 juillet 1999 : institution
d'une couverture maladie universelle : protection de base sur le seul critère
de résidence et protection complémentaire pour les plus démunis
Le régime général de sécurité sociale
a fait l'objet de plusieurs réorganisations par l'ordonnance
du 21 août 1967 instituant les trois caisses nationales (CNAMTS,
CNAVTS, CNAF) et l'ACOSS, la loi du 17 décembre
1982 et l'ordonnance du 24 avril 1996
instituant notamment des conseils de surveillance auprès des caisses
nationales et des unions régionales de caisses d'assurance maladie.
Le financement de la sécurité sociale s'est aussi modifié
depuis 1945. Bien que les cotisations assises sur la masse salariale représentent
encore la principale ressource des régimes, la part des autres recettes
: taxes fiscales, contribution sociale généralisée (CSG)
assise sur l'ensemble des revenus d'activité, de remplacement et du
patrimoine instituée par la loi du 22
juillet 1993, contribution sociale de solidarité à la
charge des entreprises, contribution au remboursement de la dette sociale
(CRDS) instituée par l'ordonnance du
24 janvier 1996 croît rapidement.
Le système français de sécurité sociale se caractérise
donc aujourd'hui par une protection contre les risques sociaux généralisée
à l'ensemble de la population mais éclatée entre de nombreuses
institutions faisant appel à des sources diversifiées de financement.
EXPOSÉ DES MOTIFS DE L'ORDONNANCE DU 4 OCTOBRE
1945 (extraits)
" La sécurité sociale est la garantie donnée à
chacun qu'en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires
pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes.
Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice
sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser
les travailleurs de l'incertitude du lendemain, de cette incertitude constante
qui crée chez eux un sentiment d'infériorité et qui est
la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les
possédants sûrs d'eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs
sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère.
"
" Envisagée sous cet angle, la sécurité sociale
appelle l'aménagement d'une vaste organisation nationale d'entraide
obligatoire qui ne peut atteindre sa pleine efficacité que si elle
présente un caractère de très grande généralité
à la fois quant aux personnes qu'elle englobe et quant aux risques
qu'elle couvre. Le but final à atteindre est la réalisation
d'un plan qui couvre l'ensemble de la population du pays contre l'ensemble
des facteurs d'insécurité ; un tel résultat ne s'obtiendra
qu'au prix de longues années d'efforts persévérants,
mais ce qu'il est possible de faire aujourd'hui, c'est d'organiser le cadre
dans lequel se réalisera progressivement ce plan. "
En savoir plus :
Comité d'histoire de la sécurité
sociale
Pour une approche en langue anglaise :
Site
de l'ADECRI "The french social protection system" (2005)

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